Création d’un collectif de salarié-e-s de l’exploitation cinématographique

mardi 2 novembre 2004
Dernière modification : mardi 2 novembre 2004

Compte-rendu de l’AG ouverte des salariés de l’exploitation ciné à Paris du 27 septembre

Des salariés issus de plusieurs groupes de cinémas de Paris, région parisienne, réunis pour discuter, échanger sur les conditions de travail du secteur et d’accord pour créer un collectif !

Environ une trentaine de présents issus de plusieurs groupes de cinémas de Paris, région parisienne ainsi qu’un salarié venu d’Orléans : UGC, MK2 Nation, Bastille St Antoine, Pathé Boulogne-Billancourt, Eden Carmes Orléans, Max Linder, Action Christine, Bretagne, Bastille 11e, Cinéma J.Tati à Orsay. Une membre de la Coordination Pour un autre cinéma était également présente.

Le but de cette assemblée générale initiée par la CNT Spectacle est de rassembler les salariés de la profession pour s’organiser et échanger des informations.

1°) Tour de table et échanges sur les problèmes rencontrés par les salariés du secteur

- la remise en cause des 35h qui devrait avoir lieu en 2005, car : fin de la période de 7 ans d’abattement des charges pour les employeurs et contexte général d’augmentation du temps de travail dans tous les secteurs.

A UGC, une des sociétés les plus mal en point, les salariés dénoncent un climat qui se dégrade : de moins en moins d’opérateurs et une flexibilité sauvage pour ceux qui restent.

Avant, les fonctions, les métiers étaient clairs et bien répartis.
Maintenant, la polyvalence a tiré les salaires vers le bas, et a impliqué des changements dans la convention collective.

L’accord sur les 35h a ainsi supprimé les primes. Chez MK2, notre passage et la diffusion de notre tract a fait mouche puisque la direction s’est fendu d’un démenti officiel affirmant qu’il n’était pas question de revenir sur les 35h, mais la question avait déjà été soulevée dans des réunions de CE sur les négociations salariales... affaire à suivre donc !

- Débat autour de l’annualisation et de la modulation du temps de travail.

Rappel des textes. La modulation du temps de travail est prévue 10 semaines/an au maximum Accord cadre du 3/10/1997 relatif à l’ARDT Paragraphe 2 : l’annualisation de la durée du travail permet de moduler les horaires en
fonction des variations de la fréquentation. Les horaires hebdomadaires pourront être augmentés en période de forte fréquentation et les heures ainsi effectuées seront récupérées sur des périodes de faible fréquentation.
(En réalité, l’application de l’annualisation n’a rien à voir avec la fréquentation, la modulation sert uniquement à gérer les congés payés, ou les arrêts maladie afin de ne pas embaucher de remplaçants !)

Paragraphe 2-1 alinéa 2 : les horaires subissant une modulation doivent être communiqués aux interressés au minimum 1 mois à l’avance. alinéa 5 : La durée du temps de travail ne peut être modulée à la hausse plus de 10
semaines par an. alinéa 6 : Le nombre de semaines consécutives pendant lesquelles la durée du travail est modulée à la hausse ne peut être superieur à 6.

- la réduction voire la disparition des primes de panier, au moment de la création des comptoirs confiserie, et non rétablies quand les paniers ont été réintégrés !

- l’embauche au rabais d’étudiants et la flexibilisation massive pour les agents d’accueil et les caissiers : le paiement « à la séance », soit 30 minutes (!), le pourboire qui remplace le salaire et des journées de travail émiettés (très courant chez les étudiants, dans des cinémas indépendants)

- la polyvalence qui conduit à la réduction des effectifs : dans les multiplexes : réduction du personnel d’accueil (une seule personne à certains moments !), des caissières qui vendent à la fois les billets et
confiseries, des inégalités des salaires selon la date d’embauche (et qui dépassent le cadre de l’ancienneté).

- le risque de l’absorption des indépendants par MK2. Par exemple, Rytmann accepte maintenant la carte UGC. Cela soulève la question du choix de programmation : si un indépendant a une programmation de multiplexe, il est
amené à disparaître.

- le problème de l’isolement et de la mobilité des salariés qui empêche les mouvements (la dernière grève du secteur remonte aux années 70 !)

2°) Les cas de deux salariés en lutte actuellement

Antoine, projectionniste au cinéma Eden Carmes à Orléans
Derrière le vernis du cinéma engagé, des méthodes de voyou

Antoine, présent à la réunion, nous parle de son cas : licencié parce qu’il a fait grève, ayant pourtant déposé un préavis et respecté les règles. Le cinéma qui l’employait, l’Eden Carmes, à Orléans, se présente à ses salariés et aux spectateurs comme un cinéma indépendant avec des ambitions louables :
atteindre un public large, y compris des personnes qui n’ont pas l’habitude de venir dans les cinémas d’art et essai. À l’usage, l’employeur a la desagréable habitude de brouiller la frontière entre salariat et bénévolat,
en jouant sur un chantage à « l’engagement militant » (qui devrait le dédouaner de respecter le code du travail sous prétexte qu’il programme des films « engagés »). Ce qui rappelle très clairement les méthodes Marin
Karmitz... Le patron a expliqué aux salariés qu’il avait des problèmes financiers, alors même qu’il y avait déjà des dysfonctionnements : pas de primes de panier, réduction des effectifs...etc. Depuis deux étés, sous
prétexte, d’une baisse de la ! fréquentation du cinéma, le projectionniste avait dû assurer seul à la fois sa fonction d’opérateur et celle de caissier pour la première séance de l’après-midi. Mais en cet été 2004, Antoine et sa collègue ne veulent plus accepter sans broncher ce qui leur avait été présenté comme quelque chose d’exceptionnel et qui était devenu habituel. À deux, ils présentent donc
leurs revendications, avant la mise en place du nouvel emploi du temps.

Mais ces revendications n’ayant pas été satisfaites, ils déposent une journée de grève, à l’issue de laquelle ils obtiennent satisfaction.
Cependant, 10 jours après, en revenant de vacances, le patron enclenche une procédure de licenciement contre Antoine au motif qu’il n’a pas assuré ses fonctions,inscrites dans son contrat, le jour où...il était grève ! Il lui reproche aussi un article en faveur de leur mouvement dans la presse locale qui aurait discrédité le cinéma alors en pleine négociation pour des
subventions avec la mairie. Résultat : mise à pied conservatoire et entretien préalable de licenciement et licenciement.

C’est extrêmement grave car c’est une remise en question du droit de grève, droit inscrit encore dans la Constitution. Aujourd’hui, Antoine a engagé une
procédure aux prud’hommes pour contester son licenciement. Un comité de soutien s’est créé, ils ont organisé une diffusion de tracts aux spectateurs qui se sont montrés solidaires dans leur majorité : l’idée était de faire
que ces spectateurs de films « sociaux » ne soient pas des consommateurs aveugles.

Débat entre les présents sur les moyens de relayer le soutien à Antoine en région parisienne : il se trouve que le propriétaire du cinéma Eden carmes, Engelibert, est aussi propriétaire de deux autres cinémas à Vincennes et à
Colombes : à suivre ! Pour la petite histoire, Antoine a été « remplacé » par un intérimaire à 20h, et passible de passer en RMA....

Christian, caissier au cinéma Pathé de Boulogne-Billancourt
« Sois flexible et tais-toi ! »

Caissier depuis 3 ans au cinéma multiplexe Pathé de Boulogne Billancourt, Christian est plutôt considéré comme un « employé modèle » qui fait preuve
de souplesse concernant les changements de son planning en particulier. Mais une fois, ayant des obligations personnelles, Christian refuse un changement de son emploi du temps imposé par la direction, comme le règlement intérieur de Pathé l’y autorise... En effet, le changement lui a été signifié 5 jours avant, alors que le règlement de Pathé précise que l’emploi du temps définitif doit être remis au plus tard 7 jours avant, et qu’au-delà, les
modifications exceptionnelles se font avec l’accord du salarié !

Mais pour la direction, foin de droit du travail ! C’est une faute grave selon elle ! Et qui vaut licenciement !!! Pour Pathé, les salariés doivent être corvéables à merci, et à disposition exclusive de leur patron... Mais
Christian ne cède pas, il engage une procédure aux prud’hommes et le soutien s’organise : plusieurs rassemblements devant le Pathé de Boulogne-Billancourt, ainsi que devant des Pathés de toute la France, ont
lieu pour appeler les spectateurs de cinéma à la solidarité. Visiblement, les salariés des autres Pathés n’étaient bien entendus pas au courant de ce qui se passait à Boulogne, les directions étant bien embêtées de cette diffusion d’information intempestive...

3°) Quels moyens pour agir ? Quelles formes d’action ?

- Il y a déjà un énorme travail d’information à faire, notamment dans les cinémas indépendants, où les salariés sont isolés. Il y a une méconnaissance dramatique des textes, des lois, remplacés par l’usage, qui n’est bien
entendu jamais en faveur du salarié !

C’est pourquoi, il est nécessaire de pouvoir s’échanger régulièrement des informations et développer des actions communes. Pour cela, les présents décident de créer un collectif de salariés de l’exploitation cinématographique, ouvert à tous, syndiqués et non-syndiqués.

- le travail auprès des spectateurs : faut-il ou non impliquer les spectateurs ? Ils ne sont certes pas acteurs de la lutte, ne sont pas maîtres des moyens de production, cependant on peut attendre des personnes qui fréquentent des salles d’art et essai qu’elles aient une exigence « éthique. » À Boulogne, la diffusion auprès des spectateurs pour soutenir Christian, et la proposition de repousser la séance et de signer une pétition a été positive. L’impact n’est pas direct, mais la direction sent le rapport de force, et subit des retombées commerciales (en termes
d’entrées et d’image). C’est donc un outil très utile. En ce qui concerne les cinémas indépendants, il serait peut-être bon d’informer aussi les réalisateurs que leur films passent dans des conditions déplorables (pour les salariés), et qu’à terme, ça signifie la disparition de leur moyens de diffusion.

- soutenir par des actions concrètes les salariés en lutte, victimes de licenciements ou d’abus de leur employeur. Envois de messages, saturation des fax, mails, mais aussi récolte de témoignages, et actions à imaginer.

- travailler sur la remise en cause probable des 35h dans les cinémas.

Contact : http://www.cnt-spectacle.org

Adresse originale de l'article : http://www.cip-idf.org/spip.php?article1793